Pensée du jour du mois de la semaine

Se donner des nouvelles

confinement

Je fais parti de ces gens qui ont un grand appartement avec un environnement des plus charmants. Nous n’avons pas d’enfant à occuper. Nos travails respectifs restent d’actualité même si tout est un peu -ou beaucoup pour le Professeur- chamboulé.  J’ai une chambre à moi, ou comme on le dit maintenant un lieu à soi*, qui me permet l’isolement quand j’en ai besoin. A vrai dire, c’est surtout pour finaliser mes écrits que j’y viens parce que, dans ces moments là, je lis beaucoup à haute voix… un vrai gueuloir quoi. Le reste du temps, je préfère le passer sur la table de la cuisine, dans la même pièce que le Professeur.  

Je continue à me doucher, à m’habiller, à me coiffer, tous les jours. Ce n’est déjà pas dans mes habitudes de passer le weekend en pyjama, alors tout un confinement, vous pensez… J’aime mettre des boucles d’oreille, du mascara, et un peu de parfum. Parfois du rouge à lèvres. J’ai eu envie de porter du vernis aussi. Très rouge. Que je retouche sans cesse car notre lave-vaisselle est tombé en panne. Alors nous lavons tout à la main, en remerciant le vide, que ce ne soit pas la machine à laver qui s’est arrêtée, il y a trois semaines. Il y a un tube de crème pour les mains sur mon bureau, un sur la table basse, un autre à côté du piano.

Nous faisons de grands pots de thé fumant qui ne durent pas longtemps. Nous partageons l’espace et les écrans. Nous nous retrouvons pour déjeuner. Nous buvons des bières sur le balcon quand il fait chaud. 

Nous sommes des animaux d’intérieurs, tous deux des enfants de l’hiver, pas trop difficiles à convaincre de se terrer pour un temps dans notre tanière propice. Nos loisirs sont faciles à satisfaire. La lecture, les jeux, les séries télé, la peinture, le tricot, la cuisine, la musique. Je regrette cependant de ne pas avoir cédé à l’appel du puzzle qui soufflait dans mon cerveau depuis quelques semaines alors que je n’en ai jamais fait. Ce sera pour célébrer la fin de tout ça, peut-être.

Je suis trop bonne élève. Alors que les Pays-Bas prônent une sortie journalière, dans le respect des recommandations envers les rassemblements et des gestes barrières, nous limitons beaucoup nos déplacements. Je me dis que ça fait un peu plus de place pour ceux qui ont des besoins différents, des espaces différents, des problèmes différents.

Je lis beaucoup. J’ai toujours beaucoup lu. Même quand il faisait très sombre, même quand je n’avais pas grand chose à lire. Maintenant que j’ai descendu les dernières nouveautés ramenées de la librairie, je pioche dans cette très longue pile à lire du honteux petit écureuil littéraire que je suis devenue. Je sais très bien qu’il y en a pour plusieurs vies…

Je déroule à nouveau mon tapis de yoga – presque – tous les matins. Nous avons dessiné avec un vieux Posca des fleurs sur nos vitres. J’ai préparé le banana bread de Rita le chat, les cookie de Ciloubidouille et du riz à sushi. Nous avons mangé notre dernière raclette, nos premières fraises et allumé le barbecue. Je ne cuisine pas plus ni moins que d’habitude. Je bois beaucoup de vin.

Je limite les communications. J’appelle ByLadyFox tous les mercredis matins. Nous aimons faire ensemble le point sur la semaine passée et parler de projets futurs. Je tricote avec Charlie un même projet. Nous nous retrouvons à chaque étape. Des fois je détricote. Le vendredi soir, j’expérimente le cyber-théâtre et j’admire l’ingéniosité de notre professeur. Nous faisons de rares apéros en vidéo. J’ai proposé, sans grand succès,  des lectures suivies. J’aime que l’on m’envoie des photos de jardin, d’enfant ou juste des petits instantanés de vie qui ont fait plaisir à leur propriétaire et leur ont fait penser à moi. Ma psy consulte a distance. Je mets plus souvent qu’avant mon téléphone en silencieux et je lui ai demandé de faire plus rare les notifications. Mes radars de communication sont un peu brouillés et pour ceux que j’aime, je ne sais plus comment être ni trop peu ni trop, alors je m’écoute moi et j’ajuste les distances quand ça me semble nécessaire.

Je voudrais cuisiner des frites maisons, des roulés à la cannelle et des biscuits à l’eau de rose. Je voudrais réaliser des masques sans couture, un petit potager sur mon balcon, des créatures en pâte à sel. J’aimerais ranger mon bureau, remettre en ordre ma bibliothèque que je n’ai pas organisée depuis notre arrivée et rédiger des lettres manuscrites. Je m’inquiète de voir mon stock de thé diminuer. J’écris beaucoup dans mon journal intime.

Je disais à une amie que nous avions tous notre confinement. Prenez soin de vous.

Le bisous.

* Marie Darrieussecq a réalisé une nouvelle traduction de l’ouvrage A Room of One’s Own, de Virginia Woolf, originellement traduit par Une chambre à soi, en le renommant Un lieu à soi.

2 commentaires sur “Se donner des nouvelles

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