Ecriture

La vie rétréci ou s’étend proportionnellement à notre courage. A. Nin

Quand je vous ai dit que je travaillais sur des projets tous très différents les uns des autres. Voici certainement le plus abouti de tous ceux qui prennent de la place dans mon ordinateur. Il s’agit d’une nouvelle érotique nommée Sous Le Porche.

inbedwith

Lorsque j’ai débuté mon apprentissage en librairie il y a 5 ans, je n’avais plus trop de temps à consacrer à l’écriture. C’est le moment où j’ai fermé mon précédent blog. Alors que je prenais les transports en commun comme tous les matins, je me suis dit que ces 30 minutes de route entrecoupées d’une course dans les couloirs de Porte d’Italie, je pouvais très bien les utiliser pour plusieurs discipline. Après la lecture, le crochet ou le tricot, je décidais de m’essayer à l’écriture dans notre bon vieux métro. Tous les matins suivant,  j’écrivais au moins une phrase. Parfois deux, parfois tout un paragraphe. Mais je me forçais à cet exercice d’inscrire au moins une petite phrase sur mon document.

En a découlé toute une série de nouvelles souvent très fleur bleue, dont les personnages m’ont parfois accompagnés durant de nombreux trajets. C’est le cas de Rose et Ivan qui ont virevolté entre Place d’Italie et Nation durant trois ans. J’ai partagé mes trajets avec eux tellement souvent, quand j’en suis moi même tombée un peu amoureuse.

Je ne voulais pas mettre cette nouvelle en public mais je souhaite en proposer la lecture contre une somme symbolique par le biais de Patreon. Le temps de régler mes formalités administratives ici à Amsterdam, et je vous livrerais toutes les informations.

[La suite de cette article contient quelques révélations au sujet de l’histoire de Sous Le Porche. Il est en partie constitué d’ un petit texte qui fait suite à la nouvelle. Ce sont surtout des réflexions autour de la construction des deux personnages et de ce qui m’a inspirée cette nouvelle.  Vous pouvez décider de le lire maintenant ou vous pouvez directement passer à l’extrait si vous souhaitez préserver le contenu du texte.]

Cette nouvelle, qui avec le temps est devenue érotique, est inspirée du parcours de deux personnages. La Sabina d’Anaïs Nin et l’Emma Bovary de Flaubert. Evidemment, je ne prétend avoir la grandeur ni de l’une ni de l’autre. Mais à ma manière je voulais parler d’une femme perdue dans le temple de l’amour. A la différence de Sabina, Rose est une femme moderne. Elle ne recherche pas une situation différente de celle qu’elle vit, elle cherche à conjurer la malédiction d’Emma Bovary en recherchant le bonheur à l’instant T. . Comme elle , ma Rose est anglaise et comme elle, elle est l’épouse d’un médecin. Mais au contraire de Posy Simmonds qui décide de coller Gemma à son « modèle flauberien », Rose s’émancipe, prend des décisions, soigne et répare l’inéluctable.

Je voulais que l’on voit cette histoire par les yeux de cet autre. Perdu lui aussi, dans un temple différent. Ici pas de prince charmant mais de belles personnes. Ivan est atteint du mal du siècle : L’ennui. Il pensera trouver en Rose son élément salvateur. Mais il n’y a pas plus de prince charmant que de princesse à sauver. Il trouvera dans cette parenthèse passionnée l’inspiration de se détourner de ses démons. Un sursaut avant de plonger. Ce n’est pas l’autre qui le transforme, c’est la rencontre qui l’éveille.

Pour moi, l’enfer ne ressemble pas aux autres mais bien à la solitude et à l’enfermement sur soi.

[EXTRAIT] Sous Le Porche

Elle a trouvé sur mon bureau de petits éléments de maquette. Nue sur ma moquette, elle crée une ville miniature. Entre les bâtiments de carton plume, elle aligne les arbres dont elle déplie délicatement les branches de métal. Elle y ajoute quelques bancs. Je la regarde faire de près. La gravité s’est emparée de ses adorables petits seins et en a fait une jolie arche. Mon souffle se coupe un peu quand ses tétons  frôlent la toile tissée de mon sol. Elle ajoute une boule de papier au milieu du chemin.
– Art moderne. Assure t-elle.
Elle pioche dans un sac de petites silhouettes humaines et les disperse dans son quartier lilliputien. Elle s’extasie sur un minuscule caniche et le pose entre deux femmes.
– Ce sont deux copines qui discutent …
– Si tu veux mon avis ce sont deux coquines. C’est un couple et elles viennent d’adopter ce tout petit chien … Elles lui cherchent un prénom.
Elle me sourit et me désigne un groupe de silhouettes.
– Et eux ? Qui sont ils ?
Je les aligne proprement sous un bosquet d’arbres.
– Un groupe de tai-chi… Et eux trois ?
– Ce sont de très bons amis … ils ont pris leur journée pour une partie fine.
Je la regarde, gourmand. Elle pose sa tête sur le sol et ferme les yeux. Comme un chaton qui aurait trop joué. Je viens me lover contre elle. Elle soupire et regarde l’heure.
– Il faut que je sois rentrée dans deux heure. Je vais aller prendre une douche.
J’embrasse son épaule.
– Pourquoi dans deux heure ?
Elle devient dure et froide entre mes bras.
– Je n’aime pas quand tu me poses des questions.
Je m’assois, les mâchoires serrées. Elle fait de même. C’est fou de voir la facilité qu’elle a à être nue, sans fard, face à moi alors qu’elle verrouille sa vie.
– Je ne suis pas ton ami Rose.
– Pardon ?
– L’autre jour tu m’as dit de ne pas me considérer comme un amant mais comme ton ami. Mais ce n’est pas vrai. Je ne me plains pas de la situation. J’aime… ce qui se passe. J’aime que tu débarques ici un peu comme ça te chante, tu bouscules tout avec ton air de pas y toucher. Mais dès que j’essaie d’en savoir un peu plus sur toi, tu bottes en touche.
Elle hausse les épaules.
– Je ne te cache rien. Tu sais tout.
– Je ne suis pas d’accord. Je ne sais pas. Je ne sais pas ce que tu fais ce soir, je ne sais pas non plus ce que tu as fait hier. Je ne te parle pas de tes soirées mais de ta vie en générale. Tu dis que tu ne me caches rien, que tu ne me caches pas mais tu crées juste un immense vide entre moi et le reste de ta vie. Je n’ai rencontré aucun de tes amis. Je ne sais pas. Je ne sais pas si ton mari sait avec qui tu es ce soir ou encore ce qu’il pense de ta façon de vivre.
Elle prends une grande inspiration qui sent la tempête mais je la coupe dans son élan.
– Je sais qu’il n’y a rien à en dire que ce sont tes choix et ta vie. Mais si tu étais mon amie tu pourrais te confier à moi. Tu répondrais à mes questions. Tu ne m’excluerais pas de ta vie en dehors du quartier comme tu le fais à chaque fois que je te pose une question qui t’emmerde. Ce n’est pourtant ni de la curiosité malsaine ou encore pour te juger ou te piéger. Je veux juste … te connaître.
Elle baisse la tête. Elle est insondable, elle semble si fragile. Elle se lève et disparaît quelques instants. Quand elle revient elle dit doucement :
– On va la prendre cette douche ?
Nous nous levons et elle me prends la main. Sous le jet d’eau, je me laisse amadouer. Je ne lui résiste pas. Elle fait de moi ce qu’elle veut.

***

J’espère vous trouver au rendez-vous lors de la présentation du texte dans son intégralité. Merci pour tous vos messages d’encouragement ici et ailleurs. Et un remerciement tout spécial à ceux qui prennent le temps de faire des relectures et des corrections orthographiques ( mais si tu sais que je parle de toi ! ).

Le bisous.

4 commentaires sur “La vie rétréci ou s’étend proportionnellement à notre courage. A. Nin

    1. Merci ❤ ❤ ❤ J'espère que tu ne seras pas déçue par le contenu de cette nouvelle. Mais globalement tu sais que j'aime les histoires qui portent une bonne grosse dose d'ouverture d'esprit et une bonne dose de féminisme. J'espère ne pas être passée à coté 🙂

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    1. Oh ! Je suis bien contente si ça peut te débloquer pour écrire ! Je n’avais jamais pensé que quelqu’un d’autre pourrait se dire que c’était une bonne idée à appliquer alors je suis toute surprise et toute contente de ton commentaire ^^

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